Dakar : Murmure soufi d’un balayeur

De bon matin un balayeur des rues Calmettes,
Comme un soldat, travaille avec ardeur.
Il suit, indolent compagnon des vagues de la mer,
Le sillon des chaussées et des trottoirs.
Rares sont ceux qui le remarquent.
Pourtant son geste est manifeste, remarquable et bien divin.
Rien n ‘est laissé au hasard.
Lentement il balaie, se baisse, amasse,
Décharge la ville qui sort à peine de sa torpeur
Cette charmante ville qui m ‘a vu grandir.
Il apporte une nouvelle lumière.
Un nouvel esprit.
Peu bavard , la tête bien droite sur les épaules,
Le balayeur du quartier  » Air France  » est un grand monsieur.
A l ‘image d’une silhouette qui vient,
Qui disparaît comme par enchantement.
Quel est son secret ?…
Je viens lui rendre hommage.
Je viens chanter sa joie de faire celle des autres.
Sa bravoure danse au milieu de toutes ses préoccupations.
Il salue à sa manière, l ‘espace d’une éternité,
L ‘humanité engloutie par des rêves sans fin.
Cet homme habille avec coquetterie Dakar.
D’une robe blanche et pure.
Jusqu’à la fin de ses jours, elle lui sourira,
Elle lui racontera sa plus belle histoire.
Histoire de connaitre ses hommes et ses femmes
Qui l ‘ont tant aimée.
Miroir et couleur de sa mémoire.
Un souffle d’air marin, de la Cité Plateau,
Fouette mon visage.
Les oiseaux battent des ailes,
Au rythme des petits coups de balaie.
Un soleil rouge pointe de l ‘autre coté des Mamelles.
Le ciel s’ éclaircit.
J’ai une pensée pour mon père.
Parfum d ‘une âme bénie par cette Terre bien sacrée.
Que ne peuvent chérir que ceux qui ont prié
Pour ses héros morts prosternés face au Trés Haut.
Au grand bonheur de cette nouvelle génération !
L’homme s’ arrête soudainement de balayer,
Lève ses beaux yeux de soufi,
Il a entendu mes murmures.
Il sourit, et continue son labeur matinal
Tout le monde est ravi !
Dieu soit béni.

Nasrallah Belkhayate

Laisser une réponse