
Le Marché Sénégalais de Casablanca : un modèle d’intégration, d’innovation et d’avenir pour le Royaume à l’approche de la CAN
Analyse de Nasrallah Belkhayate
Ce que l’on appelle communément à Casablanca le Marché sénégalais, ou « marché africain », n’est pas qu’un lieu de commerce : c’est un véritable laboratoire social et économique, une vitrine vivante du vivre-ensemble et une plateforme concrète de coopération Sud-Sud réussie. Il témoigne, dans sa vitalité, de la profondeur des liens entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne, mais aussi de la capacité du Royaume à transformer une dynamique migratoire en un tissu économique innovant et porteur d’avenir.
Là où autrefois des marchands ambulants marocains occupaient modestement les lieux, ce sont aujourd’hui des commerçants subsahariens, principalement sénégalais, qui ont su structurer une économie de proximité, en réponse directe aux besoins croissants de leur communauté. Ce marché n’est pas un simple point d’approvisionnement. Il est devenu un centre de rayonnement culturel et culinaire, où le « thiébou djeun », le bissap, le gombo ou encore le beurre de karité forment un écosystème d’usages, de saveurs et de traditions, partagé avec les Marocains dans une harmonie sociale notable.
Loin d’être marginal, ce marché est devenu incontournable pour les étudiants, les familles, et même une partie de la population marocaine séduite par la richesse des produits proposés. Il est alimenté par un réseau logistique efficace reliant Dakar à Casablanca, preuve d’un modèle d’intégration économique informel, mais structuré et pérenne. Des salons de coiffure, des restaurants, des commerces de détail y naissent, renforçant l’ancrage de cette communauté dans la ville.
À la veille de la Coupe d’Afrique des Nations, que le Maroc s’apprête à organiser, ce type de modèle inspirant doit être valorisé, élargi, soutenu. Ce marché est un phare d’africanité urbaine, un lieu où l’on expérimente déjà l’Afrique unie, dans la paix, le travail, l’échange et la fierté. Il illustre parfaitement ce que peut être le rôle du Maroc comme carrefour africain de coopération humaine, économique et culturelle.
Il convient désormais de penser ce marché non plus comme une zone tolérée, mais comme un projet pilote de diplomatie économique par le bas, à répliquer à Tanger, Marrakech ou Dakhla. Il pourrait être structuré, modernisé, subventionné, non pas pour le contrôler, mais pour l’accompagner dans une logique d’innovation inclusive, avec des loyers équitables, un statut clair, et un soutien logistique.
À l’heure où le Royaume prépare la CAN, faire de ce marché un espace vitrine de l’Afrique au Maroc serait une démarche exemplaire : pour dire au continent que le Maroc est terre d’accueil, d’opportunités et de co-construction, loin des discours, dans les actes. Faire de ce lieu un emblème de fierté nationale, c’est ancrer le Maroc dans sa vocation africaine, avec ambition, intelligence, et générosité.