
Afrique : Transformer ou disparaître !
L’Afrique regorge de matières premières. Mais elle continue d’exporter sa richesse brute. Et d’importer sa pauvreté manufacturée. Non parce qu’elle en est incapable.
Mais parce qu’elle a été longtemps programmée pour croire que la transformation viendra d’ailleurs. Que l’usine est occidentale. Que le savoir-faire est un privilège étranger.
Alors que la Chine, elle, nous tend la main. Sans arrogance. Avec stratégie. Avec expérience. Avec patience. Avec une intelligence du sol et de la machine.
Elle est prête à nous aider à créer chez nous ce qu’elle a bâti chez elle. Mais l’Afrique attend. L’Afrique hésite. L’Afrique s’enlise.
Dans les réunions sans fin. Dans les projets sans financement. Dans les discours sans lendemain. Dans les traités sans application.
Pendant que le monde avance. Pendant qu’il transforme. Pendant qu’il valorise. Pendant qu’il maîtrise. Pendant qu’il construit sa souveraineté industrielle.
Et nous, nous regardons nos jeunes fuir. Fuir leurs terres.
Parce que leurs terres ne nourrissent plus que des rêves brisés.
Nous avons la main-d’œuvre. Nous avons les ressources. Nous avons même les partenaires.
Il nous manque une seule chose : la volonté. Une vision politique. Une direction claire.
Une coordination régionale. Et surtout, un courage collectif. Celui de dire : assez. Assez d’exporter le brut.
Assez de perdre la valeur. Assez de dépendre. Il est temps.
Faisons de nos matières premières des produits finis.
Faisons de nos champs des usines vivantes. Faisons de notre continent l’atelier de notre propre destin.
Car celui qui ne transforme pas sa matière reste esclave de celui qui la transforme.
Et l’Afrique ne peut plus se permettre d’être l’esclave d’un marché mondial qui ne la respecte pas.
La Chine ne nous impose rien. Elle nous propose de co-construire.
Elle nous propose un pont. Ce pont, il faut le traverser. Avec dignité. Avec stratégie. Avec confiance.
Car la transformation industrielle n’est pas un luxe. C’est une urgence historique.
Et cette urgence se lit dans les chiffres.
En 2024, l’Afrique possède près de 30 % des réserves mondiales de matières premières critiques.
Mais elle représente moins de 4 % de la transformation industrielle globale.
Nous exportons 70 % de notre cacao brut.
Pour racheter le chocolat à prix d’or. 95 % du coton africain est filé hors du continent.
Le cobalt de la RDC fait tourner les voitures du futur. Mais les usines sont ailleurs.
Le paradoxe est cruel. Un continent riche. Qui enrichit les autres.
Pendant ce temps, la Chine, elle, avance. Elle a sorti 800 millions de personnes de la pauvreté.
Par une politique industrielle solide. Par la planification. Par l’exécution.
Elle a implanté 24 centres de démonstration agricole en Afrique. Introduit 300 technologies. Formé des dizaines de milliers d’agriculteurs.
Investi plus d’un milliard de dollars dans le secteur agro-industriel.
Ce n’est pas une promesse. C’est une réalité. Ce n’est pas une aide. C’est une opportunité !
Mais à quoi sert une opportunité si l’on ne la saisit pas ? À quoi bon des partenaires si nous restons immobiles ?
Le Maroc l’a compris. Il est devenu un modèle. Il transforme le phosphate. Il exporte l’engrais. Il fabrique des voitures. Il construit des trains.
Il accueille les investissements. Il crée des alliances. Il montre la voie.
Le Maroc est la preuve que l’Afrique peut produire, transformer, innover. Et rayonner.
L’Afrique a 1,4 milliard d’habitants. Une jeunesse debout. Une ZLECAf prête. Mais elle doit transformer ses statistiques en stratégie.
Et sa stratégie en souveraineté.
La Chine est prête.
Le Maroc est prêt.
L’histoire est en marche. Et l’Afrique ?
Est-elle prête à marcher non derrière, mais à côté ?
Non en suiveur, mais en bâtisseur ?
Le moment est venu.
Le choix est entre nos mains.
L’avenir aussi.
Analyse de Nasrallah Belkhayate