Une nouvelle mouture du PEQ déstabilise les étudiants marocains au Québec

Le début de l’année 2020 n’a pas été aisé pour les étudiants étrangers, dont les étudiants marocains au Canada. Après de longues semaines de confinement loin de leur foyer familial et de suspension des cours universitaires, les étudiants étrangers au Québec se sont réveillés le 27 mai dernier avec une autre mauvaise nouvelle annoncée par le ministre de l’Immigration, de la francisation et de l’intégration, Simon Jolin Barrette, qui concerne la modification du programme d’expérience québécoise (PEQ) permettant d’obtenir, à terme, la résidence permanente au Canada. 

La nouvelle décision, qui rentre en vigueur le 27 juin 2020, requiert une nécessité d’accumuler une expérience professionnelle supplémentaire qui varie entre un an et trois ans après avoir obtenu son diplôme universitaire. Le délai du traitement de la demande est de 20 jours à 6 mois, selon la déclaration du ministre de l’Immigration.

« (…) La durée de l’expérience de travail exigée varie selon le type de diplôme. Il faudra par exemple avoir deux années d’expérience, à temps plein, au cours des trois dernières années, pour les personnes ayant un diplôme d’études professionnelles (DEP). Une année d’expérience sera demandée, dans les deux années précédant la demande, pour ceux qui ont obtenu un baccalauréat, une maîtrise, un doctorat ou un diplôme d’études collégiales techniques », a précisé Simon Jolin-Barrette.

Quelques heures à peine après l’annonce de cette nouvelle, des milliers d’étudiants s’indignent sur les réseaux sociaux et partagent des pétitions en ligne pour condamner cette réforme « injuste ».

Des centaines d’étudiants étrangers ont ainsi participé à des rassemblements à la capitale nationale et à Montréal depuis le début du mois de juin, malgré les circonstances de la crise sanitaire liée à la pandémie du Covid-19.

Lors du Sit-in organisé mercredi 10 juin devant l’Assemblée nationale à la ville de Québec, plusieurs étudiants ont pris la parole en public pour dénoncer les nouvelles réformes du programme d’expérience québécoise.

« Le ministre de l’Immigration met fin à mes rêves », déclare ainsi Ibrahima Kone, doctorant en communication publique à l’Université Laval et coordinateur du collectif des étudiants et travailleurs.

Et d’ajouter « Au nom de tous les étudiants internationaux, nous demandons au gouvernement de retirer carrément cette proposition. Il n’est pas admissible de changer les règles du jeu après le coup de départ », demandant, implicitement, d’accorder au moins le droit acquis aux étudiants étrangers qui sont déjà établis au Québec.

Les étudiants marocains au Québec n’ont pas raté le rendez-vous du rassemblement. « (…) Après mon intégration dans la société d’accueil, le rêve s’est évaporé, car le gouvernement n’a pas pris en compte la situation précaire des étudiants étrangers durant la crise sanitaire mondiale et nous traite comme des chiffres pas comme des êtres humains ! », confie Zineb, D., étudiante en maîtrise en administration des affaires à l’université Laval.

L’étudiante marocaine a ajouté que les étudiants étrangers, dont ceux marocains, vivent un état de confusion: « (…) Je ne sais pas ce que je vais faire après l’obtention de mon diplôme, je suis déstabilisée, voire perdue dans un endroit où je me suis pourtant très bien intégrée », déplore-t-elle.

Camellia, H., présidente de l’Association des étudiants marocains de l’Université Laval Québec et doctorante dans le domaine de l’ingénierie de l’eau, a reconnu, pour sa part, que les changements liés à la loi sur l’immigration au Québec ont un impact psychologique profond sur les étudiants marocains.

Elle a, en ce sens, appelé le gouvernement à un recul « pur, simple et immédiat sur les nouvelles reformes du PEC, car cela affecte l’attractivité de la province à l’échelle internationale ».

Dans le même ordre d’idées, Yedil, G., titulaire d’un baccalauréat en économie de l’Université de Montréal, pense que : « Le gouvernement a choisi le +Timing+ de la crise sanitaire comme une tactique politique visant à glisser les réformes sous les radars dans un moment où il est difficile de se déplacer entre les villes pour assister aux rassemblements et aux Sit-in».

Pour sa part, Yassin, A., doctorant en communication publique, a déclaré sur un ton désespéré : « Mon avenir est devenu flou après de longues années d’étude et ma concentration s’est dispersée. Franchement, je ne suis plus aussi motivé pour poursuivre mon cheminement académique ». L’étudiant qui réside à la ville de Québec a ajouté que le retour au Maroc est l’option la plus appropriée après la fin de son cursus académique compte tenu des modifications récentes.

« Il est dorénavant nécessaire de chercher du travail dans son domaine après la fin de la formation avant l’expiration du permis de travail post-diplôme pour une période d’au moins trois ans, c’est une course contre la montre », a résumé Salwa, E., étudiante marocaine à Montréal.

Cette dernière nous a fait part de sa crainte que son projet professionnel ne soit pas achevé en raison des modifications « soudaines et imprévues » sur le programme d’expérience québécoise, telles qu’elles ont été annoncées par Simon Jolin-Barrette.

Il convient de noter que la coalition de l’opposions dans la province ainsi que 32 organisations de la société civile ont fait part de vives critiques à l’égard de cette nouvelle présentation du gouvernement.

Selon le Parti libéral du Québec (PLQ), cette réforme est bâclée et brouillonne. Le gouvernement fait fausse route, a clamé le député Monsef Derraji, en déplorant un échec en matière d’immigration et une complexité accrue des critères d’entrée.

Pour Véronique De Sève, vice-présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), « il n’y a absolument aucune urgence à adopter ce règlement. La crise sanitaire actuelle ne justifie en rien une telle précipitation, au contraire. Considérant les besoins du marché du travail, le PEQ doit être maintenu et doit rendre admissibles au Certificat de sélection du Québec (CSQ) tous les immigrants détenant un permis de travail ou d’études, quel que soit leur domaine d’emploi ou d’études et quelle que soit la catégorie d’emploi occupée».

Un action a eu lieu le 14 juin, et une autre est annoncée pour le 18 juin à la ville de Québec et à la métropole montréalaise pour exiger un recul du gouvernement sur la nouvelle mouture de la réforme du programme d’expérience québécoise, dont les termes affectent des milliers d’étudiants et travailleurs déjà établis dans la province francophone canadienne.

*Etudiant doctorant en sciences de l’information et de la communication – Université Laval Québec.

Avec Hespress

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