La jeunesse peut conduire l’Afrique vers l’avenir

Aya Chebbi, une Tunisienne, est la toute première envoyée de l’Union africaine pour la jeunesse. Sa nomination en novembre 2018 renforce les efforts de l’UA visant à intégrer les talents et les compétences de la population jeune en croissance du continent pour la réalisation de son Agenda 2063, un cadre pour la transformation socio-économique de l’Afrique. Mme Chebbi devrait promouvoir, entre autres, le leadership et la participation des jeunes à la gouvernance, l’égalité des sexes, la migration sans danger, l’emploi et la lutte contre le changement climatique. Raphael Obonyo, un jeune activiste, a interviewé Mme Chebbi.

Qu’espérez-vous réaliser pendant votre mandat ?

J’ai pour mandat de plaider en faveur de la mise en œuvre de la Charte africaine de la jeunesse, de la Feuille de route sur le dividende démographique et de l’Agenda 2063. Je perçois mon rôle comme consistant à établir des passerelles, à susciter la confiance en comblant le fossé d’information entre l’UA et la jeunesse africaine, avec une stratégie de communication forte et audacieuse et en établissant des espaces accessibles et inclusifs pour les sujets qui comptent pour les jeunes à la Commission de l’Union africaine (CUA). En outre, j’ai l’intention de favoriser le dialogue intergénérationnel, en commençant au niveau communautaire et d’aider à mobiliser les jeunes autour du panafricanisme, en les rapprochant de notre vision, qui est de canaliser les efforts visant à réaliser les objectifs de l’Agenda 2063.

Il s’agit d’un processus de « travail en commun » – écouter, partager et agir pour amplifier la voix des jeunes.

Quelles sont vos principales priorités ?

Les quatre piliers de la Feuille de route du dividende démographique : l’économie, l’éducation, la santé et la gouvernance (en particulier pour les jeunes femmes). Je me concentrerai également sur le thème de l’UA pour 2019 qui est « Réfugiés, rapatriés et personnes déplacées à l’étranger ».

Comment lutter contre le chômage des jeunes qui représentent environ 60% des chômeurs ?

Nous allons bientôt entamer une discussion avec les États membres sur l’avenir du travail en Afrique. Avec tous nos efforts, il semble que nous créons des emplois qui disparaîtront d’ici quelques années. Ces discussions et une action urgente sont indispensables pour créer des moyens de subsistance pour les jeunes. J’aimerais que la CUA active le Fonds de développement de la jeunesse pour soutenir les initiatives entrepreneuriales des jeunes. Les fonds de développement pour la jeunesse créés aux niveaux sous-régional et national peuvent également soutenir l’emploi des jeunes. De plus, soutenir les jeunes avec des stages, des programmes professionnels, des formations, est essentiel.

La Charte africaine de la jeunesse de 2006 est un cadre pour consolider les efforts visant à donner aux jeunes les moyens de conduire le développement sur le continent. Comment se déroule sa mise en œuvre ?

Premièrement, nous devons encore veiller à ce que tous les pays signent et ratifient la Charte. En ce qui concerne la mise en œuvre, nous avons beaucoup de travail à faire dans de nombreux domaines, notamment la création d’emplois, les moyens de subsistance durables, l’éducation, la santé, la participation des jeunes, etc.

Comment les jeunes peuvent-ils participer efficacement et bénéficier de la zone de libre-échange continentale africaine ?

Dans le cadre du projet d’intégration économique, l’AFCAFC est un pas en avant. La création d’emplois par le commerce intra-africain peut dissuader les jeunes de quitter l’Afrique à la recherche de meilleures opportunités. L’AfCAFC exige des États africains qu’ils ajoutent de la valeur à leurs produits de base et stimulent leur secteur des services. Pour que les jeunes puissent bénéficier d’un immense marché panafricain, les pays doivent revoir leurs programmes d’enseignement afin de s’assurer que les connaissances et compétences acquises sont adaptées aux besoins du marché. Les jeunes doivent développer la capacité d’entreprendre. Il est nécessaire de promouvoir les sciences, la technologie, l’ingénierie, les mathématiques et l’esprit d’entreprise dans les écoles. Les jeunes sont mieux placés pour participer à l’économie numérique.

Comment comptez-vous promouvoir l’UA et sa Commission auprès des jeunes ?

L’UA est une institution fondée sur les valeurs du panafricanisme, et nous ne devrions pas y renoncer. L’Union détient l’héritage de notre libération et de notre avenir collectif. En outre, il est important de comprendre comment l’UA est organisée afin de pouvoir gérer les attentes quant à ce qu’elle peut accomplir. L’UA, en tant qu’organisme régional, n’a pas le pouvoir de mettre en œuvre ou d’appliquer des politiques dans les différents pays. Cela reste un défi majeur dans la mise en œuvre des cadres politiques et des thèmes adoptés par l’Assemblée de l’UA. Nous devrions renforcer et réformer la CUA pour plus d’efficacité. Les jeunes devraient être encouragés à diriger certains de ses organes. J’ai accepté cette nomination car j’étais fermement convaincue que l’UA restera toujours pertinente pour l’unité de l’Afrique.

Comment avez-vous été nommée envoyée de l’UA pour la jeunesse ?

J’ai été nommée selon un processus transparent. J’ai postulé à appel ouvert en ligne pour la candidature des jeunes et je figurais parmi les 17 candidats sélectionnés sur 706. Quatre d’entre nous ont été invités pour des entretiens avec un panel de 14 membres, le plus grand que j’ai jamais rencontré. Chaque membre du jury devait noter les candidats selon les critères établis. J’en suis sortie la meilleure.

Quel message souhaitez-vous transmettre à la jeunesse africaine ?

Mon message est que vous pouvez être ce que vous voulez. Il n’y a que deux choses à faire : trouver votre identité et vivre votre mission. Vous devez savoir qui vous êtes et ce que vous représentez. Une fois que vous connaissez votre identité, que vous savez pourquoi vous vous réveillez tous les jours et pourquoi vous faites ce que vous faites, c’est votre mission. Je souhaite que ma nomination soit une source d’inspiration pour les jeunes qui souhaitent occuper des postes de responsabilité où qu’ils soient et dans tous les domaines. Ils devraient aspirer à être des panafricanistes. Nous avons beaucoup parlé des années 60 et des mouvements de libération. Maintenant, nous devons être les panafricanistes du XXIème siècle. L’avenir de l’Afrique en dépend et il est certainement prometteur si nous nous unissons autour de cette vision panafricaine selon laquelle ma libération est votre libération.

Source : lien

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21 décembre 2018